Les bouchées de la terreur – L’histoire de Margot Woelk, goûteuse d’Hitler

Prisonnière, elle devait goûter des plats conçus pour un autre. La peur d’être empoisonnée, le soulagement de respirer encore, la violence des geôliers ont fait son quotidien durant presque trois ans. Cette histoire, c’est celle de Margot Woelk, goûteuse d’Hitler

Son mari enrôlé au front, Margot alors âgée de 25 ans, vit seule à Berlin pendant que les bombardements pleuvent sur la ville. En 1942, son immeuble est détruit, obligeant le jeune femme à fuir chez sa belle-mère à Gross Partsch en Prusse.

Margot âgée d’une vingtaine d’années – Markus Schreiber/ASSOCIATED PRESS

Elle vit alors tout près de la « Tanière du Loup », le quartier général d’Hitler. Cette proximité lui vaut d’être arrêtée par les soldats du dictateur et contrainte à devenir l’une des quinze goûteuses officielles. Selon les rumeurs de l’époque, les anglais cherchaient à empoisonner l’homme qui terrorisait le monde.

Ruines de la « Tanière du Loup » photographiées en 2003

Les ordres sont simples : les jeunes femme, sous la menace de gardes armés, doivent ingérer tout ce qui se retrouvera dans l’assiette du führer par la suite. La peur au ventre, elles savent que chaque bouchée pourrait être la dernière. 

« Je me sentais comme un lapin de laboratoire. Mais s’il y a une chose que j’ai apprise en vivant dans l’Allemagne nazie, c’est que vous ne négociez pas avec les SS. »

La prisonnière apprend ainsi que l’homme qui fait trembler le monde suit un régime strictement végétarien. S’il lui arrivera d’y déroger par la suite, notamment pour son dernier repas composé d’oeufs frits et de purée de pommes de terre, il se contente alors de légumes frais et féculents. 

« J’étais terrifiée. Si un plat avait été empoisonné, je ne serais pas là aujourd’hui. Entre 11 heures et midi, nous devions goûter la nourriture, et c’est uniquement après que nous l’avions essayée toutes les quinze qu’elle était apportée. » 

Lorsque le calvaire touche enfin à sa fin, les prisonnière se laissent aller aux larmes de joie, reconnaissantes d’être toujours en vie. 

Si les conditions de détention sont sévères, elles permettent au moins de passer outre les restrictions et pénuries alimentaires qui frappent la région. Mais c’est bien peu de chose comparé à la peur de mourir.

« Il y avait des asperges de saison à la sauce hollandaise, des bouillons de légumes avec de petites quenelles de semoule, des poivrons rouges rôtis, du riz, des salades et des ragoûts de légumes… »

Quant aux soldats SS qui les surveillent, Margot leur doit à la fois son pire cauchemar et sa vie sauve. Une nuit, un soldat s’introduit dans sa cellule et la viole. Elle gardera à vie les stigmates de ces sévices. Un autre lui permet de s’échapper et la place dans le train de Goebbels pour Berlin, elle passe entre les mailles des soldats de l’Armée Rouge qui ont abattu toutes ses codétenues, les considérant complices du Führer. 

Mais alors qu’elle touche la liberté du bout des doigts, l’enfer reprend. En 1945, dans un Berlin assiégé par l’Armée Russe, Margot se retrouve séquestrée et abusée deux semaines durant par des soldats. 

Son mari lui est revenu un jour de mars 1946 vêtu de son uniforme, la tête bandée. Malgré l’amour qu’ils se portèrent durant les quarante-cinq années suivantes, le couple ne put jamais avoir d’enfant, à cause, selon Margot, des traumatismes vécus.

Margot Woelk âgée de 96 ans. (AP Photo/Markus Schreiber)

Ce n’est qu’à un âge avancé, à plus de 90 ans, que Margot Woelk accepte de lever le voile sur son calvaire, elle qui fut la seule goûteuse d’Hitler à survivre à l’enfer.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Cormary dit :

    On coudrait en savoir plus sur sa vie après la guerre

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