Samer Fallaha – Refugee Food Festival

Pour Samer, les opportunités doivent être saisies en plein vol ! Il a soif d’apprendre et faim de découvertes professionnelles, humaines ou culinaires. Au bout de quelques mots seulement, on mesure la détermination et l’optimisme du cuisinier syrien. Et puis il y a un sourire, une voix douce et une main tendue aux autres.

« Le Refugee Food Festival est une grande famille maintenant ! »

« Je m’appelle Sam, je suis syrien et je suis arrivé en France il y a trois ans et demi. En Syrie, j’étais commercial dans le marbre et architecte d’intérieur.

Lorsque je suis arrivé en France, à Paris, je ne connaissais personne. J’ai demandé de l’aide auprès d’une association qui m’a mis en contact avec une américaine qui vivait en Bourgogne. Elle m’a accueilli et c’est là-bas que j’ai commencé à apprendre le français. Je n’avais pas le choix, il fallait que je sois capable de parler et me faire comprendre. Sinon, on se sent vite très seul. Je suis resté trois mois avec cette femme, puis elle est partie en voyage. Alors j’ai été accueilli par une autre famille d’anglais, trois mois encore. Les trois mois suivants, ce sont des français qui m’ont offert l’hospitalité.

J’aimais beaucoup la campagne. C’était très calme et très joli. Mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Je suis quelqu’un de très actif et j’avais besoin de faire quelque chose. Je suis entré en contact avec l’association Singa qui m’a proposé de venir à Lyon. Ils m’ont aidé à m’installer et me lancer dans la cuisine. Aujourd’hui, c’est moi qui suis bénévole pour tendre la main à mon tour.

Lorsque j’étais en Bourgogne, je me suis mis à cuisiner. J’aimais partager ce que j’avais fait au moment des repas, entouré d’amis. Je prenais du plaisir à préparer alors que dans ma vie d’avant, à Alep, je n’avais jamais le temps de cuisiner. On m’a dit que j’étais doué, j’ai sûrement ça en moi. Les gens d’Alep ont un don pour la cuisine. Alep est la capitale de la gastronomie dans tout le Moyen-Orient. C’est la plus vieille ville au monde, alors les recettes se sont transmises sur des siècles et des siècles.

Je prenais de plus en plus de plaisir à cuisiner pour les autres. J’ai commencé par la cuisine syrienne puis me suis essayé à la cuisine française. Si au départ je faisais ça pour moi, j’ai rapidement souhaité en apprendre davantage. Je cherchais à me professionnaliser et me proposais pour des stages. Pôle Emploi n’a pas pu m’aider alors j’ai candidaté par moi-même. J’ai contacté une chef, Julie, sur Facebook pour lui proposer mes services. Elle m’a dit qu’elle ne cherchait personne. J’ai insisté et lui ai proposé un café pour échanger. Elle a accepté et j’ai pu lui montrer les photos de mes réalisations. Visiblement convaincue, elle m’a proposé de venir travailler le lendemain. J’ai travaillé quelques semaines à ses côtés et j’ai pu apprendre certaines techniques, mais aussi comment faire le lien avec les clients.

Crédits : Mathilde Viana

Dans notre cuisine, les épices ont une place très importante. Beaucoup pensent qu’elle assez proche de la cuisine du Maghreb alors qu’elles sont très différentes. Par exemple, chez nous, nous cuisinons beaucoup avec le smen, un type de beurre très fort. C’est typiquement syrien.

Pour proposer ma cuisine en France, j’ai dû l’adapter. En Syrie, tout est servi dans de grands plats. Ici, je dois composer à l’assiette. J’échange beaucoup avec des chefs syriens, comme Mohammad Elkhaldy, ou d’autres partout en Europe. Nous partageons nos petites astuces pour transformer une recette, remplacer un ustensile ou un ingrédient.

Beaucoup de syriens qui ont quitté leur pays se sont réorientés dans la cuisine, comme moi. En arrivant dans un pays étranger, c’est un formidable moyen de créer du lien. En plus, la cuisine syrienne s’associe à merveille avec les cuisines du monde entier !

Cuisiner m’apaise beaucoup. Ça me permet de m’évader, d’oublier les épreuves par lesquelles je suis passé. Penser à la Syrie me fatigue. J’ai vécu cinq ans dans un pays en guerre. J’ai essayé de faire le maximum pour mon pays puis me suis résigné à partir. Alors je préfère imaginer des recettes, trouver de nouveaux ingrédients à ajouter ou un autre moyen de la préparer !

Tout m’intéresse. C’est pour ça que j’ai décidé de participer au Refugee Food Festival dès la première édition lyonnaise. J’ai beaucoup aimé l’expérience et ai voulu prendre part aux suivantes. J’ai l’impression aujourd’hui que ce festival est comme un petit enfant que nous avons vu grandir. Il n’a pas fini de grandir bien-sûr, alors nous devons être à ses côtés pour l’aider à se développer. Nous sommes une grande famille maintenant ! Ce projet permet aux réfugiés de faire connaître leur travail, de se lancer pour certains.

Crédits : Mathilde Viana

Même si on pense que l’on est incapable de faire quelque chose, qu’on n’y arrivera pas, il faut essayer et ne pas renoncer. C’est normal de ne pas maîtriser la langue en arrivant, de faire des erreurs, mais il ne faut pas s’arrêter à ça.

Pour terminer, je dirais que pour devenir cuisinier, il faut aimer cuisiner évidemment. Mais il faut aussi et surtout aimer les gens. »

REFUGEE FOOD FESTIVAL
Samer cuisine aux Petites Cantines le 19 juin et fait découvrir ses spécialités syriennes lors de la clôture du festival le 23 juin !

Samer Fallaha
Vous souhaitez goûter à la cuisine de Samer ? Ça tombe bien, il a son propre service traiteur, Cuisine Sam !

Photos aimablement transmises par Samer
Crédits : Mathilde Viana

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