Shahirul Hanafiah – Refugee Food Festival

Shahirul est chef et chimiste à la fois. Pour lui, les formules sont comme des recettes. Pourtant, c’est quand il parle de cuisine que ses yeux pétillent. Tout jeune garçon, alors qu’il vivait en Malaisie, il est tombé dans les casseroles de sa maman qui tenait un restaurant et n’en est plus jamais ressorti.
Shahirul c’est des projets plein la tête, un grain de malice, de grands sourires et un beau parcours.

« La cuisine permet de reconnecter les gens du monde entier »

« Bonjour je m’appelle Shahirul, je viens de Malaisie et j’ai 27 ans. Je suis en France depuis 2010. Je suis venu pour faire mes études de chimie après avoir obtenu une bourse décernée aux 100 meilleurs élèves, leur permettant d’étudier à l’étranger. Nous ne choisissions pas l’endroit. Je voulais à tout prix aller dans un pays anglophone car je parle anglais. J’espérais les États-Unis ou le Royaume-Uni. Lorsque j’ai appris que j’allais étudier en France, j’ai été un peu déçu. J’allais devoir apprendre la langue pour m’en sortir. Aujourd’hui, j’aime la France plus que tout. C’est ma maison.

J’ai fait un bac+5 en chimie et ai obtenu mon master l’année dernière. J’ai toujours aimé cuisiner et cette science était le domaine qui me semblait le plus proche de ma passion. Pour l’un comme pour l’autre, il y a une recette, un processus et une formule. Aujourd’hui, si je devais choisir entre l’un ou l’autre, je n’hésiterais pas et prendrais la cuisine ! Je veux cuisiner tout au long de ma vie et finir avec ça.

Café Arsene

Ma maman a un restaurant en Malaisie et j’ai grandi dans sa cuisine. Elle m’a tout appris : ses recettes, les gestes, les astuces, les secrets de la cuisine malaisienne. Elle-même avait tout appris de sa propre mère. Je la regardais faire et je répétais. Nous cuisinions beaucoup ensemble. C’est grâce à elle que j’en suis tombé amoureux.

La cuisine malaisienne est loin d’être simple ! Elle repose sur une fusion de trois communautés : les malais qui sont le peuple originel, les chinois et les indiens qui sont venus pendant la colonisation. Depuis l’indépendance, nous vivons tous ensemble et ça se ressent jusque dans la cuisine. Dans chaque plat, on peut identifier des ingrédients propres à l’inde, d’autres à la Chine et d’autres encore à la Malaisie. Par exemple, le Nasi Lemak est le plat national de la Malaisie. C’est un riz cuit dans du lait de coco avec des tranches de gingembre, beaucoup utilisé en Chine et servi dans des feuilles de bananiers, coutume venue d’Inde, accompagné de petits anchois, très utilisés dans la cuisine malaise.

Il y a un plat que j’aime tout particulièrement, c’est le Nasi Minyak. C’est mon plat préféré, mais manque de chance, on ne le fait que pour les mariages. C’est un riz cuisiné avec beaucoup d’épices, des clous de girofle, de la cannelle, cuit avec du beurre clarifié et servi avec du poulet curry ou du bœuf sauce piment et accompagné d’une salade de légumes. C’est un délice ! Petit j’avais demandé à ma mère de me l’apprendre.

Ma mère a divorcé et s’est remariée lorsque j’avais 13 ans. J’ai voulu lui faire une surprise pour son mariage et ai cuisiné un Nasi Minyak pour tous les invités. J’ai passé une journée à le préparer car en Malaisie, les mariages sont très grands ! C’était mon cadeau pour elle. Elle n’en revenait pas et ne cessait de demander qui avait préparé ce plat. Et tout le monde lui répondait « C’est ton fils ! Il a pris la place de chef ! »

Il y a très peu de restaurants malaisiens ici en France. Ça m’a beaucoup manqué durant mes études. Alors j’achetais tout le nécessaire et je cuisinais moi-même. Ça m’a donné envie d’en faire mon métier.

Aujourd’hui, mon projet serait d’ouvrir un restaurant dans lequel on pourrait découvrir la cuisine malaisienne, mais aussi sa culture grâce une salle d’exposition. Les hôtes seront invités à voyager en Malaisie à travers les œuvres et les plats. Je voudrais que ce lieu ouvre à ici, à Lyon, car c’est la capitale de la gastronomie. En attendant, je propose mes services en tant que cuisinier-traiteur à domicile et je donne également des cours de cuisine.

Mon entreprise (et mon futur restaurant) s’appelle Jom. C’est un mot malaisien qui signifie « on y va ! », « let’s go ! ». Ça signifie beaucoup pour mon projet, ça veut dire aller de l’avant, mais c’est aussi faire passer le message « allez voir, allez découvrir » aux clients.

J’ai décidé de rejoindre le Refugee Food Festival car c’est un beau moyen de faire connaissance avec le public, de leur faire découvrir la Malaisie et sa cuisine.

La cuisine permet de reconnecter les gens du monde entier. Car quelles que soient les différences, tout le monde aime manger. Lorsque j’aurais mon restaurant, je veux à mon tour accueillir un chef réfugié dans le cadre de ce festival. »

Découvrez la cuisine de Shahirul : Jom Cuisine
contact@jomcuisine.com / 06 29 64 61 51
Instagram : @jomcuisine

Photos : aimablement transmises par Shahirul
Couverture : ©annebouillot

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